Souffle de l'âme - Elina Danielian-Mykheieva & Stas Fekete

Quand la voix éclaire la nuit

Sous les voûtes de l’église Saint-Georges, la lumière des bougies dessinait sur les murs des ombres vivantes, comme un souffle ancien venu veiller sur la musique. Dans ce décor d’intimité et de recueillement, le violoncelliste Stas Fekete a ouvert la soirée par la Première Suite de Bach, alliant pureté et gravité. De ses cordes est née une respiration, un murmure presque sacré. Puis, dans un bel élan de liberté, il a osé des incursions inattendues, revisitant The Who et Sweet Dreams, reliant le baroque à la modernité avec une élégance rare.

La mezzo-soprano Elina Danielian-Mykheieva, venue de l’Opéra d’Odessa, a ensuite pris place devant le chœur. Dès les premières notes de l’Ave Maria de Caccini composé par Vavilov, sa voix d’une beauté exceptionnelle, ample et soyeuse, a suspendu le temps. Elle a poursuivi avec le tendre Se tu m’ami de Pergolese, la poignante plainte de Didon de Purcell, le Ständchen de Schubert aux accents rêveurs et la lumineuse Nella Fantasia d’Ennio Morricone, comme un souffle d’espérance.

L’émotion a trouvé un écho profond dans les chants traditionnels ukrainiens, dont Misyats na nebi, interprété a cappella, et la délicate Berceuse de Myroslav Skoryk, vibrant hommage à sa terre natale. Dans la seconde partie, les mélodies espagnoles et françaises ont pris le relais : El Vito de Fernando Obradors, l’Ave Maria païen de Riccardo Cocciante, la célèbre Habanera de Bizet, avant que la soirée ne se referme sur Shtorm et l’éclat paisible d’Edelweiss.

Tout au long du concert, des images projetées montraient l’Ukraine en paix, ses champs, ses visages, puis l’Ukraine meurtrie par la guerre, rappelant la raison profonde de cette tournée : soutenir les orphelins ukrainiens. Les dons collectés permettent déjà d’apporter matériel et réconfort à un orphelinat près de Zaporijjia ; à l’approche de Noël, ils offriront quelques présents sous les sapins, jusque dans les zones de combat.

Entre émotion, virtuosité et solidarité, ce concert aux chandelles fut bien plus qu’un récital : une offrande lumineuse, un souffle d’âmes où la musique, la beauté et la foi en l’humain se sont unies pour dire l’essentiel — que même dans la nuit, la voix peut encore éclairer le monde.